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Voici le témoignage d'un cadre de grande entreprise qui, à 40 ans, a repris une PME.
Combien de maris, combien de papas quittent chaque matin le domicile familial, l'esprit léger et le coeur serein, imprégnés de la légitime fierté d'assurer aux leurs la "sécurité".
Chaque soir, selon un horaire religieusement respecté, toute la tribu se retrouve autour du repas familial, pour évoquer le programme du prochain week-end ou la destination des prochaines vacances, pendant que le poulet termine doucement de refroidir au fond de l'assiette, que le feu crépite joyeusement dans un coin de la cheminée et que l'un ou l'autre oeil distrait vagabonde au rythme des images qui s'égrènent sur l'écran fatigué de la TV familiale.
Quand le mari, quand le papa a un boulot correct dans une entreprise solide ou dans une administration sans histoire, c'est toute la famille qui ronronne doucement au gré des rémunérations mensuelles qui tombent inexorablement. Ce que fait le "pater familiae" de 8 à 17 heures est réputé sans grand intérêt, puisque sans histoire. L'angoisse, les doutes, les mois "sans" qui succèdent aux mois "avec", les décisions difficiles qui engagent plus que l'avenir... c'est pour les autres! Pour ces indépendants, ces patrons de PME, ces aventuriers, quoi ! ... qui, titillés par on ne sait quel démon, vivent dangereusement, prennent des risques financiers, rentrent tard ,fatigués, de mauvaise humeur, et pire encore ... mettent en péril la sécurité des leurs, voire leur couple ...
Mauvais cliché ou histoire vécue ? Un peu des deux sans doute ...
Et le bonheur ? Serait-il toujours dans le camp du "métro-boulot-dodo" ? Pas si sûr ...
Pourtant, quand les circonstances de la vie et des affaires vous amènent à changer de statut, à passer du confort sécuritaire à l'aventure de la PME, ce sont toutes les fondations familiales qui tremblent. Parce que ce qui n'est déjà pas facile pour soi-même, quand on sait pourtant ce que l'on veut et où on va essayer d'aller, l'est encore moins pour l'entourage, pour lequel les motivations de l'aventurier deviennent alors saugrenues (une variante du "démon de midi"?) voire inquiétantes ("delirium tremens"?).
Et puis, pas à pas, jour après jour, voilà que l'on apprend qu'entreprendre, c'est aussi vivre intensément sa créativité. Que l'aventure de la reprise ressemble à l'histoire de la vie.
Voilà que l'on redécouvre à quel point la motivation est génératrice de performance et donc de plaisir. Voilà qu'une cellule familiale autrefois paisible, se met à vivre au rythme plus accéléré et moins confortable des succès et des échecs. Voilà que les retrouvailles, quoique plus rares, se font plus intenses. Que les relations s'approfondissent, que les conversations se diversifient et s'enrichissent. Voilà que la passion devient miraculeusement, contagieuse. Voilà enfin qu'une décision d'abord subie devient un projet vaguement partagé, jusque dans les plus quotidiens des aspects: depuis les salopettes de l'atelier qui rejoignent la lessive familiale jusqu'aux jours de grève des enseignants qui sont mis à profit pour donner un coup de main à papa.
Bien sûr, tout cela ne fait pas nécessairement des lendemains qui chantent: le bonheur béat n'est pas dans le pré des PME qui se battent ...
Bien sûr, l'angoisse, le stress, la fatigue ... feront toujours le quotidien du dirigeant, au même titre que le plaisir, la joie, la fierté.
Mais quand le projet est compris, quand la passion est partagée, ... croyez-moi: ça aide !
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