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Voici le témoignage d'un cadre de grande entreprise qui, à 45 ans, a décidé de reprendre une PME.
Au moment de la décision de reprise de la PME, nous avions tous deux 44 ans, chacun un boulot et quatre enfants de 5 à 15 ans.
Léonard travaillait comme chercheur dans une multinationale, vivait des périodes de travail à l'étranger; il connaissait la précarité du métier de chercheur! Il lui semblait peu probable de poursuivre sa carrière pointue dans une autre société et ne souhaitait de toute façon pas revivre la précarité d'un emploi dans la cinquantaine, estimant qu'il n'aurait alors plus la force de se lancer en tant qu'indépendant. Il s'est donc mis en tête de chercher une petite société qu'il pourrait développer et l'opportunité s'est présentée rapidement !
Thérèse travaillait en privé comme thérapeute et avait aussi pas mal d'engagements dans le monde associatif, en tant que bénévole. Elle fut séduite par l'expérience du fonctionnement d'une petite société et d'un monde commercial dont elle ignorait beaucoup de choses.
La décision ne fut pas facile à prendre, car le rachat d'une PME représente un véritable défi. Nous en avions la conscience intuitive, et imaginions bien devoir imposer à notre emploi du temps déjà chargé, une orientation nouvelle ... Nous avons cru qu'il serait possible de cumuler nos activités tout en gardant une priorité absolue pour les enfants, principe de base sur lequel nous étions bien d'accord en couple de parents.
Nous avons fait ce pari et nous nous sommes lancés dans l'acquisition de la société et de la maison qui abritait son siège social. L'investissement en temps, en fatigue, en trajets fut plus important que ce que nous avions imaginé.
Deux ans après la reprise, Léonard perdait son emploi. La décision d'investir un maximum d'énergie dans la PME s'imposait alors à lui. Les besoins financiers familiaux se développaient conjointement avec les enfants qui s'acheminaient vers les études supérieures, le quotidien ne fut pas facile à vivre, la fatigue physique et psychique se faisait sentir plus encore ! Un stress important et supplémentaire en a résulté et a eu des conséquences physiques non négligeables. De nombreuses tensions apparaissaient dans le couple qui heureusement a pu les contrôler, mais au détriment d'une « certaine rentabilité » à court terme. L'essentiel et le long terme ont cependant été privilégiés. L'équilibre financier a rétabli la confiance, toutes les forces familiales ont été revitalisées et Thérèse a repris un travail à temps plein, comme employée.
La reprise d'une PME vers 45 ans représente donc un nouveau défi pour le couple. D'abord parce qu'elle amène une surcharge de travail dans l'immédiat et ensuite parce qu'elle s'inscrit dans la crise du mi-temps de la vie. Elle intervient aussi au moment où le désir de consolider sa carrière est le plus fort et parallèlement - sinon paradoxalement - le souhait, sinon le besoin, d'alterner davantage périodes de travail intensif et détente. En réalité, la vie est mouvement, pour le meilleur et pour le pire !
Dans un premier temps, les enfants, confiants dans les bonnes décisions de leurs parents, ont réalisé qu'ils étaient moins présents. Ils ont ensuite ressenti les tensions, mis en cause le bon choix des parents, souhaité un désengagement.... Puis la confiance est revenue et la promesse de certaines vacances a relancé l'intérêt et une plus grande collaboration spontanée s'est manifestée. Il est évident que c'est dans la durée, dans la persévérance et dans la solidité de nos propres moyens financiers et surtout psychologiques, que nous avons maintenant une chance de réellement gagner le pari. La confiance, dans le moyen terme au moins, permet et justifie certains sacrifices qu'il est important d'accepter soi-même et de faire accepter par la famille.
L'aventure recommence à l'aurore de chaque matin ...
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