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Les premiers mois du repreneur Version imprimable Suggérer par mail

Voici une histoire vraie, rendue anonyme, de la reprise d'une société par deux frères.

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Les antécédants

Envisageant la possibilité de devenir indépendant et de reprendre une société, j'ai pris des contacts avec différents bureaux spécialisés et leur ai soumis mes desiderata, à savoir :

  • avoir un associé : comme je n'avais jamais travaillé ailleurs que dans une grande société, je souhaitais un accompagnement temporaire.
  • trouver une activité industrielle càd une entité qui possédait les fonctions de production, de vente et de finance, le secteur des services ne m'intéressait pas.
  • trouver une société qui possédait des actifs matériels pour limiter les risques.
  • correspondre à mes moyens limités ...

Séléctionnées sur cette base, j'ai eu l'occasion de visiter quelques sociétés et d'effectuer un premier tri.

A partir du moment où mon frère, qui terminait son service militaire, m'a proposé de "Faire quelque chose ensemble", tout a été plus facile et tout compte fait assez rapide puisque nous avons arrêté notre choix et signé les conventions dans un délai de 3 mois. Si je parle de conventions au pluriel c'est que nous en avons signé deux : la première relative à une option d'un an sur 50 % des parts, la seconde définissant le fonctionnement de l'association (le commercial pour mon frère, la production pour mon associé et l'administration et le financier pour moi) ainsi que l'achat du solde des parts de mon associé dans un délai de 4 ans.

Si nous avons procédé de cette manière, c'est pour limiter au maximum les risques et nous laisser une porte de sortie au cas ou cela ne fonctionnerait pas.

 

Le premier jour

Ce premier jour ne m'a pas laissé un bon souvenir car tout était nouveau. Nouveau était l'environnement avec un trajet nécessitant la traversée de Bruxelles, avec une localisation dans des quartiers difficiles d'accès, avec un cadre de travail aux murs notablement défraîchis.

Nouvelles étaient aussi les relations de travail avec l'obligation de composer avec mon frère et mon associé mais aussi avec le personnel dont un membre avait reçu son préavis le matin de notre arrivée.

Nouveau était aussi le travail car je ne connaissais rien dans les produits et leur fabrication et pas beaucoup plus dans la gestion d'une société malgré le bon enseignement théorique reçu quinze ans auparavant.

Aussi le soir en rentrant, j'étais perplexe et je doutais : avais-je fait un bon choix sur le plan personnel ? La seule chose qui me rassura était d'être avec mon frère et surtout d'avoir prévu une porte de sortie.

 

Les premiers mois

Nous avons veillé à ce que les intérêts de chacun soient convergents et c'est, peut être, pour cette raison que, dès le début, l'ambiance fut excellente.

Mon frère et moi n'avions décidé aucune mesure spectaculaire, mais plutôt opté pour une entrée en matière progressive pour comprendre la logique de la société et identifier les points à améliorer.

Cependant, pour voir plus clair lors de la négociation, j'avais élaboré un vague budget prévisionnel et j'ai compris qu'il était vital de diminuer rapidement les dépenses. Notre première action a été de comprimer les frais de personnel et mon associé s'en est chargé le jour de mon arrivée, avec comme résultat que les ouvriers se sont syndiqués immédiatement. Pour les autres dépenses, j'étais le gestionnaire et donc les avais sous contrôle. Elles ont donc été réduites ...

Sur le plan commercial, mon frère a commencé à visiter la clientèle, accompagné de notre associé, puis rapidement seul. Le soir, il revenait et devait remettre des offres de prix.

Comme rien n'existait, la première des priorités commerciales fut donc la mise au point d'un programme de calcul de prix nous permettant de remettre des offres dans les plus brefs délais. Si on devait montrer notre dynamisme à quelqu'un, c'était aux clients ... C'est ainsi que nous avons stoppé la perte des clients et acquis de nouveaux.

Sur le plan technique, je n'étais pas censé m'occuper de l'atelier. Si les ouvriers ne nous étaient pas hostiles, il était très délicat de contrôler la qualité de leur travail. Cependant, très rapidement on s'est aperçu que cela ne tournait pas bien. L'outillage dont ils disposaient avait fait l'objet de l'économie de quelques entretiens, les modes opératoires ne nous semblaient pas adaptés et les standards de qualité nous paraissaient bien bas.

Concernant la qualité, nous avons pris l'habitude que mon frère, en tant que responsable du contact avec la clientèle, fixe les standards.

Concernant l'outillage, nous avons paré au plus pressé en nous limitant au strict minimum : nous avons eu pas mal de pannes avec les machines, au point que cela devenait un cauchemar et que j'étais en permanence dans l'atelier pour régler tels et tels problèmes. Grâce à cela, j'ai appris à connaître les machines et commencé à être apprécié du personnel.

Sur le plan financier, j'ai eu rapidement un contact avec la banque. Profil bas, j'ai baraguiné au sujet de mon budget prévisionnel, ce qui a semblé convaincre mon interlocuteur de ne pas me couper mes lignes de crédit et de me laisser un sursis d'un an... J'ai poussé un « ouf » de soulagement.

Le premier tournant eut lieu après quatre mois quand, au prix d'un forcing effréné, nous avons convaincu un gros client potentiel de nous faire confiance. Pourquoi nous a t-il fait confiance, je ne puis le dire, mais en tout cas, notre rapidité de réaction n'y est certainement pas étrangère, il recevait nos offres moins de deux heures après une visite ...

L'autre tournant eut lieu directement après et ce fut l'infarctus de notre associé. Ce fut la douche froide ... De plus, alors qu'il était hospitalisé, nous avons eu un incident technique important, immobilisant une machine essentielle. Si la machine, on a pu la réparer en trois semaines, notre associé fut absent pendant quatre mois. Comme nous avons dû assumer la pleine responsabilité de la société dans un moment très difficile, nous avons été rassurés sur nos capacités à gérer et sommes devenus blindés contre l'adversité.

Dans les mois qui suivirent, malgré une légère croissance du chiffre d'affaire, nous avons encore dû comprimer nos coûts et licencier un ouvrier. C'est cependant à partir de ce moment-là que les résultats opérationnels se sont améliorés. Pour le reste, nous avons travaillé de façon très pragmatique, nous efforçant d'améliorer notre image en clientèle, d'augmenter la qualité de nos produits et de gagner en permanence des points de productivité.

Arrivés à l'échéance, nous avons, sans hésiter, exercé notre option, car les résultats financiers s'amélioraient et des perspectives positives se dessinaient ...

 
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